Le riz Camarguais et les ouvriers Indochinois

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Le riz Camarguais et les ouvriers Indochinois

Message par kevin14/18 le Mar 18 Fév - 8:21

Bonsoir,

Une découverte pour ma part, vous en savez plus ????


Un riz au goût amer en Camargue

Par Antoine Lannuzel, publié le 11/12/2009 à  12:46
C'est une histoire aussi incroyable que méconnue. "L'or blanc" a été introduit dans la région pendant la Seconde Guerre Mondiale par des travailleurs indochinois exploités. Une cérémonie de reconnaissance a eu lieu la veille à Arles.
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VU QUOC PHAN

Le riz camarguais, qui s'affiche avec taureaux et flamands roses sur les cartes postales, est désormais célèbre. Son origine l'est beaucoup moins.

Qui sait qu'elle remonte seulement à la Seconde Guerre mondiale? Et, surtout, que sa réussite masque une page enfouie, et peu glorieuse, de l'histoire coloniale?  

Le Ba Dang débarque à Marseille le 20 mars 1940. Il a 18 ans. Ce fils de paysans privilégiés est l'un des rares à s'être engagé volontairement pour servir la "mère-patrie".

"L'important, c'était de foutre le camp, car la vie, dans les colonies, était horrible!" se souvient cet homme aujourd'hui âgé de 89 ans.

L'image d'une France rêvée, brillante et prospère, ne tardera pas à s'estomper. Dès son arrivée, il est transféré à... la prison des Baumettes, à Marseille.

En attendant d'être affectés aux quatre coins de la France, les travailleurs indochinois y sont entassés à six par cellule. Puis vient la défaite, Le Ba Dang est fait prisonnier par les Allemands, puis déplacé à plusieurs reprises.

Envoyé à Arles par Vichy

Légalement, il est censé être rapatrié. Mais la route maritime vers l'Asie est bloquée par les Anglais. Le voilà cloué sur le sol de la métropole, comme 16 000 autres Vietnamiens. Le scandale commence.

Ces "ouvriers non spécialisés" sont alors mis par Vichy à disposition service des entreprises privées de main d'oeuvre par le conflit. Affectés aux travaux les plus pénibles. Pour des salaires dix fois inférieur à celui des ouvriers français.  

Le Ba Dang est envoyé à Arles, en Camargue. Avec ses camarades, il a pour mission de réussir à implanter du riz dans la région, après les tentatives infructueuses menées depuis le XIXe siècle.

Ils occupent des cabanes de fortune, sans eau, sans électricité, sans toilettes. Ils sont bientôt 500 à travailler en sabots, les pieds dans l'eau, parmi les nuées d'insectes. "Parfois, les moustiques étaient si nombreux qu'on ne voyait plus rien."  

"Plus de 90% d'entre-eux ont été recrutés de force"

Au même moment, leurs compatriotes fabriquent des pneus à Clermont-Ferrand, coupent du bois dans les Cévennes, électrifient la voie de chemin de fer Montauban-Cahors...  

"Plus de 90% d'entre-eux ont été recrutés de force", affirme Pierre Daum, journaliste et auteur du premier livre retraçant leur histoire (1).

Entre 1939 et 1940, 20 000 Indochinois -originaires, pour la plupart, de l'actuel Vietnam? auront été acheminés en France à fond de cale.

Pour suppléer, dans les usines d'armement, les Français occupés au front. Malgré la promesse de l'administration d'un retour dès la fin des hostilités, la plupart ne reprendront la mer que 10 à 12 ans plus tard!

Un millier mourront en France, victimes de maladies et de mauvais traitements. Quelques-uns décideront de rester, la plupart après y avoir rencontré leur femme.  

Une nouvelle carrière et la gloire

L'histoire extraordinaire de Le Ba dang ne s'arrête pas là. En 1943, il est est transféré "en camp de redressement" à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) après avoir frappé "un jeune supérieur très arrogant".

Il s'en échappe, caché dans une charrette de ravitaillement. Le voilà à Toulouse, où, il s'inscrit aux Beaux-Arts. Il ignore tout de la peinture, mais c'est "la seule école qui voulait bien de [lui]", se souvient-il.

Cinq ans passent. Son diplôme en poche, le ba Dang remporte un concours d'affiches agricoles, gagne Paris et débute une carrière d'artiste plasticien, qui, dès les années 1960, lui assure une renommée internationale.

On s'arrache bientôt ses oeuvres, jusqu'aux Etats-Unis et au Japon. Il consacre une partie de son argent à la reconstruction de son village natal, rasé pendant la guerre du Vietnam.

Enfin célébré!

Aujourd'hui, il dispose d'un musée à son nom à Hué et habite un bel appartement du XIIIe arrondissement de Paris.  

En 2009, seule une poignée d'anciens, âgés de 89 à 100 ans, vivent encore. Pierre Daum en a rencontré 11 en France et 14 au Vietnam.

"Il fallait recueillir les témoignages de ces hommes avant qu'ils ne disparaissent", considère l'auteur. Restait, surtout, à célébrer officiellement leur histoire.

C'est chose faite à Arles, le 10 décembre, à l'initiative du maire de la ville, Hervé Schiavetti (PCF), qui recevra d'anciens travailleurs indochinois.

Le baptême d'une rue devrait avoir lieu plus tard, "peut-être à 2010", selon l'édile. Le début d'une reconnaissance de cette histoire oubliée de la conscience collective, et étouffée des mémoires familiales.

Un seul exploitant agricole a confié à Pierre Daum: "C'est vrai, je me souviens très bien que mon grand-père faisait travailler des Asiatiques..."

Source: http://www.lexpress.fr/region/un-riz-au-gout-amer-en-camargue_835395.html
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